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Gerrit Offringa

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L’espace et le plan sont pour Gerrit Offringa deux mondes différents dont chacun exige sa propre approche. Dans ses sculptures, le corps humain est souvent disséqué de manière brute, comme s’il s’agissait d’un examen anatomique, d’une scission, d’une coupe à travers la matière, d’une vivisection voire d’une autopsie. Le spectateur a une vue dans le corps même, qui est à chaque fois représenté avec des moyens simples. C’est ainsi que la structure des vertèbres dorsales est indiquée par de petits morceaux de bois. Les torses sont traversés par des plaques en Perspex transparent. Les cavités du corps sont littéralement éventrées comme si un chirurgien avait été à l’œuvre.

Les sculptures de Gerrit Offringa sont souvent isolées, seules au monde, comme un être solitaire qui représente tous les individus avec lesquels il est solidaire. En ce sens, son œuvre a quelque chose d’allégorique. C’est l’histoire de Monsieur-tout-le-monde, de chacun de nous, de vous et de moi et, en même temps, celle de personne. Cela ressemble à des statues solitaires dans un musée imaginaire. La solitude leur pèse dans l’existence nue de cette vallée de larmes, sans bras protecteurs pour les éclairer ; pas en vie mais pas dans la mort. Elles incarnent la solitude ultime, celle de la certitude de devoir mourir, sans être préparé et d’une manière choquante ou non, d’une manière entièrement propre à chaque être. Elles racontent à chaque fois une nouvelle histoire universelle. Celle de l’individu qui est un fardeau pour lui-même et souvent un loup pour son prochain. Il semble que ce soit quelquefois un être résigné, un être comme Job, assis sur son tas de fumier, doutant de l’existence d’un Dieu qui laisse le mal suivre son chemin. L’être humain qui naît nu et qui finit nu dans le trou, moitié ange et moitié animal, tourmenté par une image hybride de lui-même, qui balance interminablement entre un organisme qui est inspiré d’éternité et une construction de matière qui retournera à la terre. L’être représenté n’est quelquefois qu’une palissade de fils et d’os, vulnérable comme le roseau pensant de Pascal. Puis le corps est à nouveau la caisse de résonance d’une viole de gambe, que l’artiste a parfaite en harmonie avec la musique de la beauté éternelle. Aucune matière n’est médiocre pour ce sculpteur et rien n’est jeté sans raison.

Gerrit Offringa fait feu de tous bois, de la même manière que tous les êtres humains sont faits du même bois. Mais à chaque fois, l’individu semble être un funambule solitaire, se tenant méticuleusement en équilibre entre le ciel et l’enfer. Homo solus aut deus aut daemon – un Homme seul est soit un dieu soit un démon. La sculpture humaine que nous présente Offringa, oscille entre ces extrêmes. Entre le noir et le blanc, la nuit et le jour, l’amour et la mort, Eros et Thanatos, la matière et l’antimatière, le paradis et l’enfer, comme s’il n’existait pas de purgatoire ou de rédemption, mais uniquement un partage en deux sur le fil du rasoir. La silhouette solitaire de la statue semble évoquer quelquefois un sentiment de nostalgie. On remarque une préférence pour la position fœtale, l’embryon se recroquevillant sur lui-même, cette même position qui revient souvent au moment de mourir. Ce sont des sculptures dans un espace intermédiaire, apparemment hors du temps qui pourtant glisse là aussi impitoyablement comme une ombre sur un cadrant solaire.

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