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Joost Barbiers

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Le premier « voyage de travail » de Joost Barbiers (1949 - 2015), alors qu'il séjournait pour la première fois en 1980 sur l'île de Brac, fut pour lui une expérience essentielle. Brac est située dans la Mer adriatique, en face de la ville de Split en Croatie. L'atmosphère différente, la fréquentation de collègues étrangers travaillant le même type de pierre - du calcaire dur - mais surtout le contact direct avec la matière tout juste arrivée de la carrière, exercent un effet stimulant : « Vous sentez comment on vit avec la pierre et vous avez l'impression de faire partie un instant de cette société. La sculpture était quelque chose de positif et tout tournait autour de la pierre ». C'est ainsi qu'il fit un certain nombre de ces voyages de travail, il séjourna à trois reprises sur Brac (en 1980, 1981 et 1983), entre-temps à Carrara et peu de temps après au Portugal, en 1989 au Zimbabwe, puis à différentes reprises en Bretagne.

C'est dans la deuxième moitié des années 1980 que fut réalisée la sculpture « de Golfbeweging » (le Mouvement ondulatoire). Trois formes - ou sont-ce quand même des corps ? - en marbre blanc sont posées, formant une légère courbe en s, sur une épaisse plaque d'assise en granit noir. La forme d'éléments debout est dérivée des déchets de la dernière sculpture en marbre de l'artiste que l'on peut réellement qualifier de figurative. En taillant à la gouge (un burin large et lourd), il libéra des plaques ondulées et fut fasciné par les fragments « reçus en cadeau » avec lesquels il commença à expérimenter. C'est peut-être l'ébauche la plus « géométrique » de Barbiers. Les silhouettes blanches, veinées, en marbre de Carrara ont été arasées à hauteur égale, elles donnent l'impression d'avoir la même forme mais elles ne sont pas identiques, la tension est évoquée parce qu'elles évoquent différentes phases de l'élément debout, de par la distance qui les sépare, elles donnent une impression de mouvement rythmique constant. L'onde laisse entrevoir à chaque endroit une phase temporelle qui lui est propre, cela crée la dynamique qui en même temps à été fixée à jamais.

A la même époque, en 1985, il sculpta au Portugal ses « Dijen » (Cuisses) dans du marbre portugais blanc et dur, le premier fragment sculpté de sa main. La forme est aussi simple que reconnaissable : deux cuisses et les hanches, égalisées horizontalement par le dessous et obliquement par le dessus. L'approche est à peine naturaliste mais, parce que le marbre a été poli, il semble que la surface, symbolisant la peau humaine, est légèrement translucide, ce qui confère à la sculpture son effet sensuel. Quatre ans plus tard, le sculpteur, séjournant au Zimbabwe, s'attèle à nouveau au sujet mais cette fois, dans la pierre à serpent locale, une pierre noire un peu plus tendre que le marbre. Le « Torse Double » et les « Cuisses » trouvèrent une place sur l'exposition « Le torse aux Pays-Bas » organisée en 1991 à Dordrecht.

Chez Barbiers, tailler la pierre fait toujours ressortir quelque chose de la matière qu'il utilise pour développer son idée qui ne peut être capturée dans un seul concept. Il n'est pas étonnant de constater qu'avec cette approche de la matière, mûrement réfléchie et exigeant beaucoup de temps et d'énergie physique, il s'oppose au conceptuel, qui est arrivé en un clin d'oeil. « Finalement », dit Barbiers, « vous avez autant de temps, il est permis de penser, c'est à partir de cette pensée qu'évolue ce que vous faites ». Il utilise volontiers la métaphore sur concevoir et comprendre. A première vue, des mots dont la signification se rejoint, mais là où modeler a à faire avec saisir, comprendre, le sculpteur doit voir sa sculpture dans le bloc de pierre qui se trouve devant lui : concevoir à quelque chose de commun avec la vue.

« Vous êtes élevé par hasard dans un certain climat, votre état de sculpteur profite à ce que vous voulez exprimer. Lorsque je suis enthousiaste, le titre m'envoie à la sculpture, mais il arrive aussi fréquemment qu'il vienne après-coup. J'ai appris à laisser des options ouvertes, nous partons très souvent des formats que nous voyons, une sculpture commence au bloc erratique. Il y a une gêne réciproque dans cette association de pierre dure et de noms réfléchis, mais ce n'est pas absolu. Une évolution n'est pas quelque chose par où on commence pour ensuite se diriger quelque part en ligne droite. C'est une certaine fidélité qui vous pousse ».

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